Avec quoi voulez-vous que la salle reparte ?

· Nicolas Levi

Illustration : une carte qui fond et se répand sur le tapis

Quand un organisateur me contacte pour un séminaire, je pose toujours la même question avant de parler de moi, de mes conférences ou de mes dates.

Avec quoi voulez-vous que la salle reparte ?

C’est une question simple et elle met souvent un moment à trouver sa réponse. C’est normal : la plupart du temps, on cherche un conférencier avant d’avoir tranché ce qu’on attend de lui. Or il y a deux ou trois objectifs très différents derrière une intervention, et ils n’appellent pas les mêmes profils.

Inspirer

Le premier objectif, c’est de faire passer un bon moment, de créer de la respiration dans une journée dense, de donner envie.

Là, ce qui marche, c’est quelqu’un qu’on a envie d’écouter avant même qu’il ouvre la bouche. Soit une célébrité, quelqu’un dont le nom fait déjà quelque chose à la salle. Soit un profil qui détonne, et c’est mon cas.

Un négociateur du GIGN qui vient parler de gestion de crise. Un joueur de poker professionnel qui vient parler de décision. Il y a un mystère, une crédibilité qui ne se discute pas, et une curiosité qui fait qu’on écoute autrement. La salle se dit qu’elle va entendre quelque chose qu’elle n’entend pas ailleurs.

Si votre objectif s’arrête là, c’est un bon critère et il suffit.

Le déclic

Le deuxième objectif est plus exigeant. Vous ne voulez pas seulement que la salle passe un bon moment, vous voulez qu’elle change de regard sur un sujet majeur pour eux.

À ce niveau-là, il faut vérifier une chose clé : les messages clés du conférencier, et leur alignement avec les vôtres.

Prenons l’intelligence artificielle. Un conférencier peut très bien vous expliquer qu’il faut l’utiliser partout, que c’est un outil de qualité, qu’elle va permettre à vos équipes de mieux réfléchir. C’est un message. Il peut vous exciter. Mais si votre préoccupation du moment est le délestage cognitif, c’est-à-dire le risque que vos équipes arrêtent de réfléchir parce que la machine réfléchit à leur place, alors ce conférencier va installer dans votre salle exactement l’inverse de ce que vous vouliez y installer.

Sur des sujets comme l’IA ou le leadership, il y a mille façons de penser les choses, et elles sont toutes défendables. C’est précisément pour ça qu’il faut regarder.

Demandez un échange avant. Écoutez du contenu s’il en existe, une vidéo, un article, un passage en podcast. Comprenez ce que la personne fait réellement le reste de l’année, pas seulement ce qu’elle raconte sur scène. Un déclic mal orienté coûte plus cher qu’une conférence oubliée.

La mise en mouvement

Le troisième objectif est le plus ambitieux. Vous ne voulez ni un bon moment ni un changement d’avis, vous voulez que des décisions soient prises et que quelque chose bouge après.

Deux choses comptent alors.

D’abord, la nature de l’expérience. Une salle assise qui écoute pendant quarante-cinq minutes ne se met pas en mouvement, quelle que soit la qualité de ce qu’elle entend. Je fais donc monter des gens sur scène, ou je glisse des enveloppes sous les sièges. Je leur fais tester des choses, prendre des décisions pour de vrai, puis constater celles des autres. C’est comme ça qu’on met en évidence les biais cognitifs, individuels et collectifs : la salle ne les entend pas décrits, elle les vit. C’est drôle, et ça marque.

Ensuite, demandez si la personne peut enchaîner sur un atelier, un bootcamp, une mission. Si vous voulez vraiment faire bouger les choses, la conférence n’est pas le point d’arrivée, c’est le point de départ. Le conférencier qui vient de tenir votre salle pendant une heure dispose ensuite d’un capital de crédibilité que personne d’autre n’a dans votre organisation. C’est tout bénéfice, à condition qu’il sache embarquer et co-construire avec vous une façon d’aller réellement d’un point A à un point B.

À titre personnel, mon expérience dans la transformation (je suis partner du cabinet strat data/IA Darwin-X) me fait pencher du côté de ceux qui veulent faire avancer les choses.

Le poker est la signature pour captiver, mais toujours au service d’une mise en mouvement.

Un intervenant qui ne fait que raconter ne pourra pas vous accompagner là-dessus. Ce n’est pas un défaut, c’est un métier différent. Mais il faut le savoir avant de signer, pas après.

Les quatre dimensions à vérifier

En clair, votre cadrage :

Inspiration ou transformation. Cherchez-vous un moment marquant, ou un déplacement réel dans l’organisation ? Les deux sont légitimes et ils ne se jouent pas au même endroit.

Expérience active ou passive. La salle va-t-elle écouter, ou va-t-elle faire ? Si vous visez la mise en mouvement, la réponse ne peut pas être « écouter ».

Messages alignés. Ce que cette personne défend, est-ce que vous le défendez aussi ? Vérifiez-le avant, pas depuis le fond de la salle.

Un faiseur ou un animateur. Est-ce que la personne fait le métier dont elle parle, le reste de l’année, chez des clients ? Et si oui, est-ce qu’elle peut rester après la conférence ?

Aucune de ces quatre dimensions n’a de bonne réponse dans l’absolu. Elles ont une bonne réponse pour votre séminaire, et elle découle entièrement de la première question.

Alors, avec quoi voulez-vous que votre salle reparte ?